Bataille de Borodino 1812, affrontement entre la Grande Armee de Napoleon et l'armee russe de Koutouzov

La bataille de Borodino 1812 : le choc sanglant de Napoleon contre la Russie

Le 7 septembre 1812, a 120 kilometres a l'ouest de Moscou, la Grande Armee de Napoleon et l'armee russe du marechal Koutouzov s'affrontent dans ce qui reste la plus meurtriere bataille du XIXe siecle : 70 000 morts et blesses en une journee. La grande redoute, les trois fleches de Bagration, la charge de Murat : a Borodino, tout se joue en douze heures d'une sauvagerie inouie. Recit complet de l'affrontement decisif qui scella le sort de la campagne de Russie et amorca la chute de l'Empire napoleonien.

Contexte : la campagne de Russie de 1812

La bataille de Borodino ne peut se comprendre sans le contexte de la rupture entre Napoleon et le tsar Alexandre Ier. En 1807, les deux empereurs avaient signe le traite de Tilsit, qui faisait de la Russie un allie de la France imperiale et l'engageait a respecter le Blocus continental contre l'Angleterre. Mais cette alliance, profitable politiquement a Napoleon, etait economiquement desastreuse pour la Russie, qui exportait traditionnellement bois, chanvre et cereales vers les marches britanniques. En 1810, Alexandre Ier viola ouvertement le blocus en autorisant le commerce avec l'Angleterre via des navires neutres, et imposa des tarifs eleves sur les produits de luxe francais.

Napoleon decida une guerre preventive pour soumettre definitivement la Russie. Il rassembla la plus grande armee jamais vue en Europe : plus de 600 000 hommes issus de toute l'Europe imperiale (Francais, Italiens, Allemands, Polonais, Suisses, Hollandais, Croates, Portugais, Espagnols). Le 24 juin 1812, la Grande Armee franchit le Niemen et entra en Russie. Le plan napoleonien etait classique : infliger aux Russes une bataille decisive pres de la frontiere, ecraser leurs armees, puis dicter la paix dans une ville majeure.

Mais les Russes deciderent une strategie radicalement differente : la retraite volontaire. Les generaux Barclay de Tolly et Bagration, commandant les deux principales armees russes, refuserent systematiquement la bataille decisive et reculerent vers l'interieur. Cette strategie de la terre brulee, complementee par la destruction des recoltes et des depots sur le chemin de Napoleon, affaiblit considerablement la Grande Armee qui perdit plus de 200 000 hommes de maladie, desertion et epuisement avant meme d'avoir vu un soldat russe a grande echelle.

Les forces en presence : 260 000 hommes

A la fin aout 1812, pres de Smolensk, le tsar Alexandre Ier, sous la pression de l'opinion publique et de la noblesse, limogea Barclay de Tolly, qui etait critique pour avoir trop retraite, et nomma a sa place le vieux marechal Mikhail Koutouzov. Ce dernier, age de 67 ans, borgne et obese, avait la reputation d'etre plus diplomate que strategue mais jouissait d'une immense popularite dans l'armee. Il poursuivit pourtant la strategie de retraite, mais consentit finalement a livrer bataille pres de Moscou pour sauver la capitale symbolique.

La position retenue se trouvait pres du village de Borodino, a la confluence des rivieres Kolotcha et Voina, a environ 120 kilometres a l'ouest de Moscou. Le plan strategique de Koutouzov etait clair : choisir un terrain defensif favorable, infliger a Napoleon un maximum de pertes, puis continuer la retraite si necessaire. Il ne cherchait pas la victoire totale mais l'attrition, sachant que le temps jouait contre Napoleon au fur et a mesure que l'hiver russe approchait.

Les effectifs etaient etonnamment equilibres. L'armee russe comptait environ 130 000 hommes et 640 canons, repartis en deux armees : la 1re armee de l'Ouest sous Barclay de Tolly (environ 75 000 hommes) tenait le centre et la droite, la 2e armee de l'Ouest sous Bagration (environ 55 000 hommes) tenait la gauche. Les troupes russes comprenaient une large part d'infanterie de ligne, de jagers, de cuirassiers, de uhlans, et une importante artillerie reconnue comme la meilleure d'Europe par sa puissance de feu.

La Grande Armee de Napoleon alignait 130 000 hommes et 590 canons, organisee autour du corps de la Garde imperiale, des IVe (Eugene de Beauharnais), Ier (Davout), IIIe (Ney) et VIIIe (Junot) corps d'infanterie, ainsi que les quatre corps de cavalerie de reserve sous Murat. La qualite de ces troupes avait cependant baisse : les pertes de l'ete avaient fondu les unites francaises d'elite, et une large partie des effectifs etait composee de recrues allemandes, italiennes et polonaises moins aguerries. C'etait la premiere fois depuis Austerlitz que Napoleon allait livrer bataille avec un rapport de forces equilibre.

La position russe a Borodino

La position defensive choisie par Koutouzov s'etirait sur environ huit kilometres selon un axe nord-sud. Au nord, la riviere Kolotcha et ses rives escarpees protegeaient la droite russe. Au centre, le village de Borodino et la grande redoute Raievski (une ouvrage de terre arme de 18 canons sur un mamelon) constituaient le point d'ancrage. Au sud, les trois fleches Bagration (trois redoutes en forme de fleche pointant vers l'ouest) et la redoute de Chevardino formaient l'aile gauche. Un reseau de bois, ravins et villages compliquait la circulation tactique.

Le point faible de la position etait precisement l'aile gauche, tenue par la 2e armee de Bagration. Le terrain y etait plus plat, les fortifications moins solides, et l'axe de retraite (la route de Moscou) passait precisement derriere cette aile. Si les Francais perchaient l'aile gauche et avancaient sur la route de Moscou, toute l'armee russe risquait d'etre coupee de sa ligne de communication. Napoleon saisit immediatement cette vulnerabilite en etudiant le terrain les 5 et 6 septembre.

Pour couvrir l'aile gauche, Bagration avait fait construire en hate les trois fleches (les flechi Bagrationovy) qui forment aujourd'hui les vestiges les plus emblematiques du champ de bataille. Ces ouvrages, mal relies entre eux et faiblement armes comparativement a la redoute centrale, constituaient le talon d'Achille russe. Koutouzov refusa pourtant de renforcer cette aile, preferant conserver ses reserves au centre et derriere les villages de Semenovskoye et Kniazkovo pour parer a toute percee.

Les plans de Napoleon et de Koutouzov

Napoleon decida d'attaquer frontalement avec une concentration d'efforts sur l'aile gauche russe. Le marechal Davout, le plus competent de ses lieutenants, commanderait l'assaut principal contre les fleches Bagration avec 35 000 hommes et 100 canons. Le prince Poniatowski manoeuvrerait plus au sud pour deborder la gauche russe et couper la route de Moscou. Au centre, Eugene de Beauharnais conduirait une attaque de diversion contre le village de Borodino et la grande redoute. La cavalerie de Murat serait gardee en reserve pour exploiter toute percee.

Le plan etait classique de la tactique napoleonienne : faire plier un point faible de l'ennemi, y engager les reserves, puis transformer la percee tactique en desastre strategique par l'exploitation de cavalerie. Mais plusieurs problemes etaient evidents des le depart. D'abord, les Russes n'etaient pas surpris et avaient eu deux jours pour renforcer leurs positions. Ensuite, Napoleon souffrait d'un rhume severe qui allait affecter sa capacite de commandement tout au long de la journee. Enfin, il refusa d'engager sa Garde imperiale, qu'il gardait pour le coup de grace final, une decision que de nombreux historiens considerent comme la cause principale de l'indecision strategique du soir.

Les fleches Bagration a Borodino 1812, assaut francais contre les ouvrages defensifs russes
L'assaut francais sur les fleches Bagration, premiere phase sanglante de la bataille de Borodino

Koutouzov, de son cote, n'elabora pas de plan tactique sophistique. Sa strategie se resumait a tenir le terrain, absorber les assauts francais avec l'infanterie et l'artillerie, et reagir par des contre-attaques locales avec les reserves. Il passa la majeure partie de la journee en arriere du champ de bataille, au village de Gorki, dans une relative passivite que certains officiers russes jugerent scandaleuse mais que d'autres voient comme un choix delibere : en ne s'impliquant pas dans les micro-decisions, Koutouzov laissait ses subalternes commander et preservait son role de garant du moral strategique.

Le matin du 7 septembre : l'assaut sur les fleches

A 6 heures du matin, 102 canons francais ouvrirent le feu sur les positions russes dans un bombardement qui fut entendu jusqu'a Moscou. L'infanterie de Davout s'elanca aussitot sur les trois fleches Bagration. Le premier assaut, mene par la division Compans, fut repousse apres un combat extremement violent. La division dut etre relevee par celles de Dessaix et Friant. Les fleches changerent de mains plusieurs fois dans la matinee : prises, reprises, reperdues, chaque assaut se soldant par des pertes effroyables des deux cotes.

Vers 8 heures, le marechal Ney entra dans la bataille avec son IIIe corps pour renforcer l'assaut de Davout. La bataille des fleches devint alors un carnage methodique ou des regiments entiers etaient saignes a blanc en moins d'une heure. Le village de Semenovskoye, juste derriere les fleches, tomba et fut repris deux fois au corps a corps. L'artillerie russe, positionnee sur les hauteurs de Semenovskoye, inflige aux assaillants francais des pertes catastrophiques : des batteries entieres sont pulverisees par les obus russes lors des tentatives d'assaut.

Au centre, vers 9 heures, le IVe corps d'Eugene de Beauharnais prit le village de Borodino lui-meme, mais ne parvint pas a avancer au-dela de la Kolotcha. La grande redoute Raievski, qui devait etre attaquee en second par Beauharnais, resistait farouchement sous la protection de l'artillerie russe. A l'extreme-sud, le corps de Poniatowski progressait lentement a travers les bois d'Outitsa, face a une defense russe habilement menee par le general Touchkov. Les deux ailes francaises avancaient donc, mais au prix d'un bain de sang.

La mort de Bagration et la crise russe

Vers 10 heures du matin, pendant l'assaut decisif sur les fleches, le general Bagration fut mortellement blesse. Alors qu'il dirigeait personnellement un regiment de grenadiers pour colmater une breche, un eclat d'obus francais lui brisa la jambe gauche. Refusant d'abord de quitter le champ de bataille, il dut etre evacue en urgence. La nouvelle de sa blessure, puis de sa perte pour la suite des operations, se propagea comme une trainee de poudre dans l'armee russe et provoqua un court moment de panique.

Le commandement de la 2e armee passa au general Konovnitsyn puis au prince Eugene de Wurtemberg. Les fleches tomberent definitivement vers 11h30 apres sept assauts successifs qui avaient detruit plus de dix mille hommes de chaque cote. Les Russes, plutot que de s'effondrer, etablirent une nouvelle ligne de defense sur les hauteurs de Semenovskoye avec l'artillerie de reserve et les cuirassiers de Borozdine. Cette ligne secondaire, improvisee en moins d'une heure, tint bon face aux tentatives de Ney et Davout d'exploiter la percee.

Bagration, transporte dans la propriete de Simky appartenant a un prince de sa belle-famille, subit la gangrene qui s'installa malgre l'amputation precoce pratiquee par le chirurgien allemand Willer. Il mourut le 24 septembre 1812, 17 jours apres la bataille, et fut inhume dans la propriete de Simki avant d'etre transfere en 1839 au monument de Borodino par decision du tsar Nicolas Ier. Sa mort priva l'armee russe de l'un de ses meilleurs tacticiens, et Koutouzov se retrouva seul aux commandes pour la suite de la campagne.

La prise de la grande redoute Raievski

L'attaque de la grande redoute Raievski, au centre du dispositif russe, fut l'episode le plus cinematographique de la bataille. Une premiere tentative par la division Broussier a 10 heures echoua devant le feu d'artillerie russe. Un second assaut par la division Morand, vers 11 heures, reussit a prendre la redoute mais fut chasse par une contre-attaque russe menee par le general Ermolov qui s'empara d'une branche de chene et se lanca lui-meme au-devant des grenadiers. La redoute changea de mains trois fois avant la grande attaque decisive.

Vers 14 heures, Napoleon ordonna l'assaut final. Le plan etait une attaque combinee d'infanterie et de cavalerie lourde : les divisions de Morand, Broussier et Gerard devaient monter de front, tandis que les cuirassiers et dragons de Latour-Maubourg et Caulaincourt deborderaient par les flancs. L'assaut se deroula avec une precision mortelle. Les cuirassiers francais, en armures brillantes, traverserent les nuages de fumee et de poussiere pour encercler la redoute. L'infanterie y parvint en premier et massacra les defenseurs russes retranches dans les positions. Le general Auguste de Caulaincourt, frere du duc de Vicence, fut tue au moment meme de l'assaut.

La redoute tombee, les Russes se retirerent methodiquement sur une nouvelle ligne plus a l'arriere, entre les villages de Semenovskoye et Kniazkovo. Les canonniers russes, fideles a leur consigne, firent exploser les caissons de munitions pour priver les Francais de leur artillerie. La chute de la grande redoute marqua le point culminant de la bataille : les Francais tenaient desormais le centre des positions russes, mais etaient epuises, a court de munitions et incapables d'exploiter la percee faute de reserves fraiches.

Un carnage sans vainqueur strategique

A 18 heures, alors que la nuit commencait a tomber, Napoleon decida de cesser les attaques. Ses marechaux Ney, Murat et Davout le supplierent d'engager la Garde imperiale pour achever l'armee russe et emporter une victoire decisive. Napoleon refusa. "Je ne veux pas voir ma Garde demolie", aurait-il declare selon Murat. Cette decision, l'une des plus debattues de toute la carriere de l'empereur, laissa l'armee russe se retirer en ordre, epuisee mais non detruite.

Le bilan humain de la bataille etait apocalyptique. Les Russes perdirent environ 44 000 hommes tues et blesses, dont 22 generaux. Les Francais perdirent environ 28 000 hommes, dont 48 generaux (un record de pertes en generaux pour une seule bataille napoleonienne). Par son intensite, Borodino fut la bataille la plus meurtriere avant la Somme en 1916. Les pertes au metre carre et a l'heure furent inegalees pendant le XIXe siecle. Cette bataille comptait desormais parmi les grandes batailles de l'histoire russe.

La grande redoute Raievski a Borodino, assaut final des cuirassiers francais
L'assaut final sur la grande redoute Raievski : charge des cuirassiers francais et defenseurs russes

Napoleon resta maitre du champ de bataille et proclama officiellement la victoire dans son 18e bulletin. Mais tactiquement, le bilan etait amer : l'armee russe n'avait pas ete detruite, elle se retirait en ordre vers Moscou, et la Grande Armee etait si saignee qu'elle ne pouvait la poursuivre energiquement. Koutouzov, de son cote, annonca d'abord au tsar une victoire russe avant de se retirer discretement. Les deux parties revendiquerent la victoire, selon leurs perspectives : tactique francaise, strategique russe.

Les suites : Moscou, Tarutino, la Berezina

Six jours apres Borodino, le 14 septembre 1812, Napoleon entrait a Moscou, capitale symbolique de la Russie, abandonnee par la population. Il esperait y negocier la paix avec Alexandre Ier depuis une position de force. Mais le tsar refusa toute negociation, et l'incendie volontaire de Moscou, decide par le gouverneur Rostopchine, priva la Grande Armee de ses quartiers d'hiver. Apres cinq semaines d'occupation infructueuse, Napoleon decida de se retirer le 19 octobre.

Koutouzov, reconstituee son armee au camp de Tarutino au sud-ouest de Moscou, avait profite des cinq semaines pour se renforcer en hommes, chevaux et munitions. Il lanca une contre-offensive systematique qui harcela la Grande Armee sur tout son itineraire de retraite. La manoeuvre de Tarutino, qui contraignit Napoleon a emprunter la route deja ravagee de Smolensk plutot que la route du sud fertile, fut decisive. Combinee a l'hiver russe le plus precoce et rigoureux, elle transforma la retraite en catastrophe militaire.

Lors du passage de la Berezina fin novembre 1812, la Grande Armee perdit 20 000 hommes supplementaires et se reduisit a quelques milliers de survivants epuises. Sur les 600 000 hommes entres en Russie en juin, moins de 30 000 repasserent le Niemen en decembre. L'Empire napoleonien, apparemment invincible au printemps, etait desormais militairement desosse. Deux ans plus tard, Napoleon abdiquait a Fontainebleau. Borodino n'avait pas tue l'Empire, mais avait fait le lit de sa chute.

Heritage : Tolstoi et memoire russe

La bataille de Borodino fut immediatement inscrite dans la memoire nationale russe comme l'evenement fondateur de l'identite moderne du pays. Dix-huit ans apres, en 1830, le tsar Nicolas Ier commanda un ambitieux monument commemoratif sur le champ de bataille, inaugure en 1839 en presence de centaines de veterans. La date anniversaire du 8 septembre (dans le calendrier gregorien) devint jour de commemoration nationale. Les veterans de Borodino, de plus en plus ages, furent l'objet d'un culte populaire et imperial pendant tout le XIXe siecle.

Leon Tolstoi consacra plusieurs chapitres centraux de son roman Guerre et Paix (1865-1869) a la bataille. Sa vision, revolutionnaire pour son epoque, presente Borodino non comme le resultat des strategies des generaux mais comme la manifestation de l'esprit du peuple russe. Tolstoi avait rencontre dans sa jeunesse de nombreux veterans de la campagne et visite personnellement le champ de bataille pour documenter son roman. Ses pages sur le prince Andre Bolkonski mourant, sur Pierre Bezoukhov tatonnant au milieu des combats, sur Koutouzov somnolant pendant la bataille, ont fixe pour toujours l'image russe de Borodino.

Au XXe siecle, le champ de bataille connut un nouveau drame lorsque les armees allemandes et sovietiques s'y affronterent en octobre 1941 pendant l'operation Typhon. Les positions defendues par la 32e division sovietique sur les memes terrains que ceux de 1812 furent detruites par les combats et les bombardements. Le musee commemoratif, inaugure en 1912, fut incendie par les Allemands. Restaure apres la guerre, il reste aujourd'hui l'un des lieux les plus emblematiques du patrimoine militaire russe, illustrant la continuite des traditions strategiques russes.

Dans la culture mondiale, Borodino occupe une place particuliere. L'ouverture de l'Ouverture 1812 de Tchaikovski, composee en 1880 pour commemorer la victoire, avec son melange d'hymne napoleonien La Marseillaise et d'hymne imperial russe, est l'une des oeuvres musicales les plus jouees au monde. Au cinema, la version de Guerre et Paix de Sergei Bondartchouk (1966-1967), avec sa sequence de Borodino tournee avec 15 000 soldats de l'Armee rouge comme figurants, reste une reference monumentale. Pour comprendre les liens franco-russes sur cette periode, consulter les relations culturelles franco-russes qui remontent precisement a l'epoque napoleonienne.

Questions frequentes

Quand a eu lieu la bataille de Borodino ?

La bataille de Borodino s'est deroulee le 7 septembre 1812 (26 aout dans le calendrier julien russe de l'epoque) a environ 120 kilometres a l'ouest de Moscou, pres du village de Borodino. Elle opposa la Grande Armee de Napoleon Bonaparte a l'armee russe commandee par le marechal Mikhail Koutouzov. Ce fut la bataille la plus meurtriere de toute l'epoque napoleonienne : plus de 70 000 morts et blesses en une seule journee de combat.

Qui a gagne la bataille de Borodino ?

La bataille de Borodino est consideree comme une victoire tactique francaise mais une defaite strategique. Napoleon resta maitre du champ de bataille et l'armee russe dut battre en retraite, mais la Grande Armee etait si saignee qu'elle ne put exploiter sa victoire. Koutouzov abandonna Moscou quelques jours plus tard, mais preserva son armee intacte pour la contre-offensive d'automne. A long terme, Borodino marque le debut de la fin pour Napoleon, incapable de detruire l'armee russe malgre le prix paye.

Combien de morts a fait la bataille de Borodino ?

La bataille de Borodino fit environ 70 000 morts et blesses en une seule journee, soit pres de 30% des effectifs engages. Les Russes perdirent environ 44 000 hommes dont 22 generaux sur les 130 000 engages. Les Francais perdirent environ 28 000 hommes dont 48 generaux. Cette hecatombe en fait la bataille la plus meurtriere du XIXe siecle avant les batailles de la guerre de Crimee. Au rythme horaire, elle reste l'une des plus sanglantes de l'histoire militaire.

Qu'est-ce que la grande redoute de Borodino ?

La grande redoute, aussi appelee redoute Raievski ou redoute centrale, etait le principal ouvrage fortifie russe au centre de la position de Borodino. Armee de 18 canons et defendue par le VIIe corps du general Raievski, elle constituait le point d'ancrage de la ligne russe. Elle fut prise trois fois par les Francais et reprise deux fois par les Russes au prix de combats au corps-a-corps d'une violence extreme. Sa chute definitive, vers 15h, marqua le point culminant de la bataille.

Pourquoi la bataille est-elle dans Guerre et Paix ?

Leon Tolstoi consacre plusieurs chapitres centraux de son roman Guerre et Paix a la bataille de Borodino, qu'il voit comme l'evenement historique fondateur de l'identite russe moderne. Tolstoi, nourri des temoignages de survivants rencontres dans sa jeunesse, decrit la bataille du point de vue des soldats et des personnages fictifs comme Pierre Bezoukhov ou le prince Andre Bolkonski. Sa these developpe l'idee que Borodino fut gagnee par l'esprit du peuple russe plus que par la strategie des generaux.

Qui etait le general Bagration mort a Borodino ?

Piotr Ivanovitch Bagration (1765-1812), d'origine geogienne princiere, etait l'un des meilleurs generaux russes des guerres napoleoniennes. Il commandait la 2e armee de l'Ouest a Borodino et defendait les trois fleches sur l'aile gauche russe. Il fut mortellement blesse par un eclat d'obus vers 10 heures du matin alors qu'il tentait de reorganiser ses troupes. Transporte a Simky, il mourut de la gangrene 17 jours plus tard, le 24 septembre 1812.

Que reste-t-il du champ de bataille de Borodino aujourd'hui ?

Le champ de bataille de Borodino est aujourd'hui un parc commemoratif de 110 km2 situe dans l'oblast de Moscou, protege depuis 1961 comme musee-reserve d'Etat. Les principaux monuments commemoratifs comprennent une colonne sur la grande redoute, des steles pour chaque regiment russe, un cimetiere francais, un musee historique, et l'emplacement de la mort de Bagration. Chaque annee en septembre, une reconstitution historique avec plusieurs milliers de participants en costumes d'epoque attire des dizaines de milliers de visiteurs.